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Les Femmes dans l'Histoire

Les Femmes dans l'Histoire

Blog d'Histoire sur le thème de la femme. Périodes abordées : Antiquité, Moyen-Âge, Renaissance, Epoque moderne, Epoque contemporaine.


Ecrire l'Histoire des Femmes

Publié par Femmes_dans_lHistoire sur 21 Avril 2010, 21:14pm

Quand, comment et pourquoi est née cette partie de la discipline historique ?

Sans vouloir faire du féminisme (j’ai déjà expliqué pourquoi je ne m’engageais pas sur cette voie), il faut néanmoins faire face à une réalité immuable et objective : les femmes sont les oubliées de l’Histoire.

 

En effet, la question de retracer l’histoire des femmes est une question très récente, puisqu’elle ne date que de la seconde moitié du 20è siècle. Jusqu’à cette période, le vide intellectuel concernant la moitié de l’humanité est quasi total. Très peu d’études, les femmes sont absentes. Pourquoi un tel néant ?

 

Dans l’introduction à leur colossale œuvre Histoire des Femmes, Georges Duby et Michelle Perrot soulignent que, confinées à la sphère domestique et la reproduction maternelle, la réalité des femmes manque d’intérêt, et par conséquent ne vaut pas d’être racontée. Exclues de la vie politique qui est l’apanage des hommes, elles sont considérées comme des êtres à la nature instable, mystérieuse, dotés de pouvoirs maléfiques. Moins l’on parle d’elles, mieux la société se porte.

 

Pourtant, la référence à la figure féminine est récurrente dans les sources historiques, et ce dès l’Antiquité. Et c’est là qu’il est important de distinguer deux dimensions : les rares fois où les hommes parlent des femmes, ce n’est presque jamais de la femme dans sa réalité, son quotidien, son monde à elle à laquelle ils font référence, mais à la femme fantasmée, idéalisée, en bref, à la femme telle qu’ils voudraient qu’elle soit.

 

Il est essentiel de revenir à cette idée de la femme fantasmée, celle dont on peut parler, qui s’oppose à la « vraie » femme, celle qu’il faut oublier. La première, c’est la figure, par exemple, de la Vierge Marie, ou bien celle des autres saintes. Les hagiographies (récits de la vie de saints), telle que La Légende dorée de Jacques de Voragine, datant du 13ème siècle, font une place assez large aux premières femmes chrétiennes et aux martyres. Ces femmes, dont on peut mettre, pour certaines, l’existence en doute, sont presque glorifiées et considérées comme des modèles. Autre exemple où l’on retrouve cette idéalisation de la femme : le mouvement littéraire que l’on a appelé « Amour courtois », né au 11ème siècle. La Dame, toujours épouse d’un noble seigneur, est la suzeraine du cœur d’un homme amoureux qui lui est presque toujours socialement inférieur (un chevalier, un roturier…) et qui donc sait qu’il ne pourra jamais assouvir son désir d’elle. Soumis aux moindres volontés de sa bien-aimée, il n’est que son vassal dévoué. Or, cette représentation de la femme sur un pied d’estal ne reflète en rien une réalité. On note une certaine émancipation de la gent féminine dans les poèmes, lais, chants, mais cette émancipation ne se limite qu’au domaine littéraire et artistique.

 

On pourrait multiplier les exemples, bien sûr (Marianne représentant la République, les déesses du panthéon grec et tellement d’autres…). Pour la société, et pas seulement la société médiévale, la femme idéale, c’est la vierge ou celle qu’il nous est interdit de toucher, d’atteindre, tant elle symbolise la perfection. Or, on sait très bien que ces figures féminines ne montrent pas le visage de la majorité des « vraies » femmes.

 

Qui sont-elles donc, alors, ces « vraies » femmes ? Comment retracer leurs vies si les écrits à leur sujet sont si rares ? La tache est d’autant plus difficile que les sources qui les mentionnent, quand elles existent, ne sont pas écrites de leur main, mais de celle des hommes, encore. Certes, des femmes célèbres ayant laissé des traces écrites apparaissent au cours de l’Histoire : Christine de Pisan (1364–vers 1430), première femme de lettres ayant vécu de sa plume, connue pour sa Cité des dames ; Mme de Sévigné (1626-1696), pour sa correspondance épistolaire avec sa fille ; Mme de Lafayette (1634-1693) et son roman La Princesse de Clèves… Mais face au poids que représente la production masculine, les écrits de femmes restent des cas bien isolés…

 

Une nouvelle fois, se pose donc le problème des sources. Car bien évidemment, le regard des hommes à l’égard du sexe opposé n’est pas objectif : philosophes, théologiens, juristes, médecins, moralistes, pédagogues…, de l’Antiquité au début du 20ème siècle, ils n’ont fait qu’exposer dans leurs écrits ce que la femme doit être et doit faire, mais jamais ce qu’elle est vraiment. Cependant, étant bien forcé de se contenter de telles sources, qu’elles soient littéraires, juridiques, médicales, artistiques ou philosophiques, l’historien d’aujourd’hui peut, s’il s’y prend avec méthode, y trouver mines d’informations et en tirer des conclusions. Comme le disent Michelle Perrot et Georges Duby, cela « permet de voir la direction du regard masculin qui a construit ces représentations », et lever un peu le voile de mystère qui entoure nos aïeules. 

 

La grande rupture, celle qui va enfin révéler l’existence des femmes, leur histoire et leur monde, se situe tout près de nous : à la naissance des grands mouvements féministes. Des balbutiements avaient déjà pointé le bout de leur nez, d’abord au 19ème siècle avec la redécouverte de la famille comme sphère fondamentale de la société, ainsi qu’au début du 20ème siècle avec l’Ecole des Annales, qui marque son intérêt pour l’histoire des pratiques quotidiennes. Cependant, pour que la voix des femmes se fasse réellement entendre du point de vue historique, il faudra attendre les mouvements sociaux de la fin des années 60 et de la décennie 70.

 

Remettons tout cela dans son contexte. En France, mai 68 marque une immense remise en cause de la société ; au niveau de la politique extérieure, la décolonisation est en marche et les minorités, les parties marginales de la population, jusque là silencieuses, se réveillent. Les femmes ne font pas exception. Elles se mettent elles-mêmes à écrire, s’exprimer, à prendre leur destin en main, tout ce qui leur était jusque là difficile.

 

Ce  qu’il est essentiel de noter, c’est que parallèlement à leurs revendications qui leur permettra d’obtenir une place de premier ordre dans la société, elles formulent le désir, aussi, de comprendre qui elles étaient dans le passé et de connaître leurs aïeules. Commencent alors un immense travail de recherche, d’abord en Angleterre et aux Etats-Unis, puis en France et dans les autres pays européens. Les féministes et les historiens, découvrant le sujet, doivent rattraper des siècles de retard en la matière…

 

Aujourd’hui, leur travail a porté ses fruits. Près de quarante années se sont écoulées depuis le début de la « création » de l’Histoire des Femmes en tant que partie intégrante de la science historique, et les études, musées, biographies, dictionnaires se sont multipliés.

 

Cependant, le sujet est encore loin d’être complet, et comme dans tous domaine historique, il semble infini…

 

 

 

Commenter cet article

vente mobilier 06/07/2010 17:04


Wow, très bon blog, grand merci à vous pour votre aide, et je \"plussoie\" cette opinion. Permettez-moi d\'insister, oui votre billet est vraiment très bon, je viens d\'ailleurs de twitter ce
articlesi jamais ça peut vous aider ! J\'attends avec impatience la suite !


Céline 04/08/2010 21:36



Un grand merci! Heureuse que le blog vous plaise :-)



la librivore 29/04/2010 23:06


J'ai bien sûr "L'histoire des femmes en Occident" de Duby et Perrot du Tome 1 au tome 5, somme que je découvre peu à peu et qui est passionnante. Je relaierai particulièrement vos thématiques sur
mon blog et la communauté.


Femmes_dans_lHistoire 30/04/2010 10:14



Encore un grand merci :-)


En effet, L'Histoire des femmes en Occident de Duby et Perrot est vraiment fascinante... C'est LA collection à posséder si l'on s'intéresse à la thématique des femmes dans l'Histoire.
C'est quelques fois un peu ardu (je dois admettre que l'article qui traite du mariage de la femme grecque antique dans le tome I a été dur à lire, mais j'ai persévéré! :-)) mais essentiel.


 



Femmes_dans_lHistoire 23/04/2010 09:16


Merci :-)


Romuald 22/04/2010 20:42


Félicitations pour ces articles très intéressant, vivement les prochaines parutions...


Jean-Marc Labat 22/04/2010 17:56


Il ne faut pas enfermer la femme du Moyen-Age, du moins jusqu'au XIVème siècle, dans un carcan essentiellement masculin. Jamais en effet elle ne sera aussi libre jusqu'à l'époque actuelle. Elle
peut diriger un commerce, ester en justice, être médecin, succéder à la tête d'un fief et le diriger et bien autres choses encore. Paradoxalement, c'est l'Eglise qui a fait beaucoup pour cette
libération en prenant le contrepied du droit romain qui considérait la femme comme un objet à peine supérieur à l'esclave. C'est d'ailleurs l'influence retrouvée du droit romain qui amènera un
reflux incessant qui culminera lors de la rédaction du code civil napoléonien.


Femmes_dans_lHistoire 22/04/2010 19:05



Merci pour votre message, auquel j'adhère tout à fait. D'ailleurs le sujet des femmes dans le commerce sera un des sujets que je traiterai bientôt, et pas seulement pour l'époque médiévale.


Le sujet que je traite dans cet article "Ecrire l'Histoire des Femmes" fait référence avant tout à la rareté des sources écrites à leur propos au cours de l'Histoire et à la prédominance des
hommes dans ce domaine, ce qui est une réalité que l'on ne peut nier.



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