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Les Femmes dans l'Histoire

Les Femmes dans l'Histoire

Blog d'Histoire sur le thème de la femme. Périodes abordées : Antiquité, Moyen-Âge, Renaissance, Epoque moderne, Epoque contemporaine.


Anne de Bretagne (1477-1514) : entre mythe et réalité

Publié par Céline sur 22 Mars 2012, 21:40pm

anne de bretagneLe sens commun, et particulièrement le sens commun breton, garde farouchement l’image d’une Anne de Bretagne patriote, sensible aux intérêts de son « peuple » et combattant quiconque entraverait son désir de liberté. Surtout, elle incarne la fin tragique de l’indépendance bretonne par ses mariages, que l’on dit forcés, avec deux rois de France.

 Mais au fond, qui fut réellement la dernière duchesse du dernier duché autonome d’avant Renaissance ? De son temps, Anne de Bretagne n’a été l’héroïne d’aucune chronique. De plus, comme de nombreux autres personnages historiques, sa figure a été réutilisée par le discours politique et la publicité : la légende, revisitée maintes et maintes fois à des fins nationalistes ou pour vanter un produit, cache le personnage historique sur lequel, en fait, nous savons fort peu de choses.

Néanmoins, les sources, principalement des actes et des lettres, étant assez maigres mais pas inexistantes, il est possible de dresser un portrait fidèle de ce que fut celle que l’on nomme, à l’excès nous le verrons, « la Bonne Duchesse en sabots ».


L’enfance d’Anne de Bretagne et ses premiers pas de duchesse (1477-1491)

Pour comprendre qui fut Anne de Bretagne ainsi que sa politique, il est nécessaire de rappeler le contexte, mouvementé, de son temps : celui de la fin du système féodal et du début de la Renaissance.

Au 14è siècle, soit plus d’un siècle avant la naissance d’Anne, le duché de Bretagne est rattaché au royaume de France. Cependant, ses ducs cherchent constamment et par tous les moyens à s’en affranchir. C’est la Guerre de Cent Ans (1337-1453), par l’affaiblissement du pouvoir royal qui en découle, qui va leur permettre enfin de retrouver leur autonomie. Cette autonomie est notamment affirmée par le renforcement de la dynastie ducale, ainsi que la mise en place d’une armée et d’un système de taxation propres.

Mais avec la fin du conflit, le pouvoir royal reprend de l’ampleur. En 1461, Louis XI monte sur le trône et n’a de cesse de vouloir unifier et centraliser son royaume. Pour cela, le système féodal, basé sur les relations de vassalité et suzeraineté, et sur lequel l’organisation politique repose encore, doit disparaître. S’ensuivent alors des guerres contre les grands seigneurs de l’époque, qui prennent fin en 1477 avec la chute du duché de Bourgogne. Le seul territoire encore autonome reste la Bretagne et son duc, François II, père d’Anne, compte ne pas se laisser intimider.

Anne de Bretagne naît dans cette période troublée, le 25 janvier 1477. On possède très peu d’éléments sur cette naissance à cause de l’absence de sources. La légende qui voudrait faire d’Anne une enfant miracle longtemps attendue par ses parents et surtout le « peuple » breton est la construction d’historiens nationalistes des 19è et 20è siècles, afin d’accentuer l’image du personnage patriotique qui lui colle sans cesse à la peau.

De même, on a longtemps exagéré son niveau de culture et d’éducation : maîtrise parfaite des langues bretonne, française, latine, grecque, hébraïque ; talents musicaux, poétiques, juridiques ; art de la broderie… En réalité, Anne de Bretagne ne connaît que peu le latin, juste le nécessaire ; en ce qui concerne le grec, cela est chronologiquement impossible puisque les textes grecs ne sont pas encore réapparus à la Cour ; quant à sa connaissance du breton, il s’agit une nouvelle fois d’une invention du 19è siècle visant à éloigner symboliquement la duchesse de son rôle de reine de France. Certes, elle a entendu à maintes reprises la langue bretonne, mais ne la pratique sûrement pas. D’ailleurs, les documents officiels auxquels elle est liée sont rédigés exclusivement en français.

Ce qui est par contre vrai, c’est qu’Anne est l’héritière du duché, la loi salique ne s’appliquant pas en Bretagne et François II n’ayant pas de fils. Néanmoins, une femme à la tête d’un fief, duché ou non, est mal considérée, et François II doit convaincre les Etats de Bretagne afin que ces derniers reconnaissent sa fille comme héritière légitime.

Cette reconnaissance, faite le 9 février 1486 à Rennes, n’est pas suffisante pour assurer la pérennité et la tranquillité du duché, d’autant plus que le nouveau roi Charles VIII s’est proclamé, en 1483 et sous l’influence de la régente Anne de Beaujeu, seul duc de Bretagne et fait depuis pression pour son annexion. Pour garantir la sécurité de ses terres, François II réfléchit à une stratégie matrimoniale et se tourne vers les puissances étrangères telles que l’Espagne et le Saint Empire romain germanique. Il avait déjà, en 1481, alors que Anne n’avait que quatre ans, organisé les fiançailles de celle-ci avec le prince de Galles ou, à défaut, son frère le duc d’York. Il avait été conclu par ailleurs que si Anne mourrait avant le mariage, ce serait sa sœur Isabeau qui épouserait le futur roi d’Angleterre. Ce pacte est rompu en 1483 lorsque les deux jeunes frères sont assassinés, certainement par leur oncle.

François II relance donc en 1485 les négociations avec l’Espagne, qui se révèlent improductives, puis avec Maximilien d’Autriche, futur empereur du Saint Empire. C’est avec celui-ci qu’elles vont finir par aboutir : le 23 septembre 1487, un acte est signé : Anne, qui n’a que dix ans, épousera Maximilien dès la mort de François II et lui apportera la Bretagne en dot ; en retour, son futur mari doit mettre à disposition du duché un soutien militaire de grande ampleur pour faire face aux assauts du roi de France qui, depuis 1486, ne cesse ses campagnes contre la Bretagne.

La situation se complique d’autant plus qu’au sein même de la noblesse bretonne, François II compte de nombreux ennemis qui revendiquent eux aussi le titre ducal. Les Rohan, Laval et Rieux ont pour cela conclu avec Charles VIII, en septembre 1485, le traité de Montargis, qui n’est ni plus ni moins que la livraison de la Bretagne au roi de France si François II meurt sans héritier mâle.

La campagne militaire commencée en 1486 s’achève le 28 juillet 1488 à Saint Aubin du Cormier. Symbolisant le face à face du pouvoir royal centralisateur contre la féodalité (et non pas la bataille d’une « race » ou d’une « culture régionale » contre une autre comme le diront bien plus tard certains politiques nationalistes bretons), ce combat met, en moins de quatre heures, l’armée ducale en échec et fait environ cinq mille morts. Maximilien d’Autriche n’a envoyé aucune troupe.

Les conditions de paix imposées par Charles VIII sont dures : François II n’a pas le droit de marier ses filles sans son consentement. Le duc n’est donc plus maître de sa stratégie matrimoniale et par conséquent du destin politique de la Bretagne.

Hasard ou lien, il meurt quelques semaines plus tard, malade et affaibli. Anne devient duchesse, mais elle n’a que onze ans. Elle se retrouve à la tête d’un duché appauvri et occupé par les troupes royales. Des conseillers l’entourent et elle demande, sous leur influence, la venue des députés de Rennes pour obtenir des avis sur la tenue à avoir dans ce nouveau contexte politique. Elle s’appuie aussi sur eux pour prendre des mesures administratives : elle renforce la maréchaussée pour une meilleure répression des voleurs et pillards ; elle fait rédiger un code de sanctions visant les fraudeurs ne respectant pas les prix imposés sur les produits de première nécessité ; elle fait punir les agents abusifs. Elle crée aussi une flotte ayant pour but de contrôler les côtes et lutter contre la piraterie.

En mars 1490, elle entreprend, au départ de Rennes, un long voyage à travers la Bretagne, dans le but de prendre le pouls de ses sujets et s’assurer de leur soutien dans cette période troublée.

Dans le même temps, la jeune fille doit faire face à des intrigues internes à sa Cour. Sa préceptrice, Françoise de Dinan, veut lui faire épouser son demi-frère, Alain d’Albret. Par ailleurs, Anne doit lutter contre le maréchal de Rieux, son tuteur, qui souhaite s’approprier la couronne ducale et tient la ville de Nantes.

De son côté, Charles VIII avance. En 1489, il s’empare des villes de Guingamp, Brest et Concarneau. De plus en plus isolée, les caisses vides, la jeune duchesse fait appel à Maximilien d’Autriche, lui rappelant par la même occasion l’engagement promis en 1487. Le mariage se conclut à Rennes le 16 décembre 1490, par procuration. En effet, l’héritier de l’Empire envoie son ambassadeur, le maréchal Polhaim, pour ne pas mettre en danger sa propre personne. Anne espère néanmoins que son nouvel époux l’assiste militairement dans sa lutte contre le roi de France et le maréchal de Rieux.

Toutefois, manquant une nouvelle fois à sa promesse, Maximilien d’Autriche n’envoie aucun contingent. Seuls quelques mercenaires arrivent en Bretagne. Ses espoirs déçus, prise à la gorge, assaillie de toute part, d’autant plus que Charles VIII fait le siège de Rennes dès juillet 1491, Anne se voit contrainte d’accepter la demande en mariage… du roi de France. Son union avec Maximilien n’ayant pas été consommée, elle peut être déclarée nulle.

Or, le roi de France est aussi marié… à Marguerite d’Autriche, fille… de Maximilien ! Mais le cas de figure est similaire : elle n’a pas douze ans et le mariage est annulé pour non-consommation.

A quinze ans, Anne de Bretagne épouse donc Charles VIII au château de Langeais, le 6 décembre 1491, et est sacrée à la basilique Saint-Denis deux mois après.

Cette union, totalement politique et stratégique puisqu’elle apporte le duché au roi de France, se compose de clauses qui scellent le destin de la Bretagne. Si Anne meurt avant le roi, Charles reste duc et pourra transmettre ce titre à sa descendance. Par contre, si le roi décède en premier et sans héritier, Anne redevient duchesse à part entière mais ne pourra se remarier, si elle désire une nouvelle union, qu’avec le nouveau roi de France. Autant dire que d’une façon ou d’une autre, le roi l’emporte…

Pour certains mouvements politiques bretons radicaux, ce mariage marque l’annexion de la Bretagne par le royaume de France. Il suffit d’observer pour cela l’iconographie régionaliste des années 1930. Or, la réalité fut moins brutale que ce que l’on croit : Charles VIII accepte, entre autres, de laisser nombre de privilèges à la province, notamment un prélèvement des impôts moins élevé qu’ailleurs, et il permet le maintien de la souveraineté du Parlement.

Voilà donc Anne de Bretagne reine de France. Elle part pour Amboise et commence alors pour elle une toute nouvelle existence.


Epouse de Charles VIII (1491-1498)

Autant le pouvoir politique d’Anne de Bretagne était important lorsqu’elle possédait encore son statut de duchesse, autant celui de reine va se révéler extrêmement limité. En effet, en France, la reine n’est que l’épouse du roi. Se trouvant dépourvue de tout droit de décision sur son duché et le royaume, son rôle tient désormais à un unique but : celui de donner un héritier à la couronne. Et elle va s’y atteler avec assiduité, puisqu’elle va mener cinq grossesses en à peine six ans.

Que sait-on de son mari ? Visiblement, Charles VIII est dépourvu d’attraits. On dit de lui qu’il a un grand nez, des lèvres épaisses, qu’il est maigre et petit et d’une nature chétive. Anne trouve néanmoins en lui certaines qualités : il semble posséder une grande sensibilité artistique, un caractère bon et généreux, et est pieux. Son seul défaut moral : il est infidèle. Cela n’empêche pas Anne de mettre au monde, le 10 octobre 1492, un fils, que l’on nomme Charles Orland. Cette naissance donne à la jeune reine de quinze ans un statut plus stable et plus considérable, ce qui la rassure, d’autant plus qu’elle se trouve en permanente rivalité avec sa belle-sœur, Anne de Beaujeu, qui voit en elle sa concurrente.

 

charles8Charles VIII

 

L’arrivée d’Anne marque aussi un tournant dans la vie quotidienne à la Cour. On augmente les effectifs du personnel et rappelons par ailleurs que la jeune fille n’a que quinze ans, et le roi vingt-deux. Les souverains sont les maîtres d’une Cour gaie et remplie de jeunes gens, où se mêlent festivités et bals. On change souvent de résidence, on multiplie les tournois, les parties de jeu de paume…

Seules ombres à ce tableau « idyllique » : les infidélités de Charles mettent visiblement Anne en colère. Elle se sent décrédibilisée dans son statut de reine. Par ailleurs, le monarque est atteint d’un « mal » qui va lui coller longtemps à la peau et l’éloigner souvent de la France : l’Italie.

En effet, dès les débuts de 1493, il se prépare assidument à la conquête du royaume de Naples. Son attrait pour les richesses italiennes (qui a depuis longtemps commencé sa « Renaissance ») ainsi que la menace islamique l’incitent à prendre les armes. Anne, malgré la perte de son second enfant mort-né, suit le roi. En mars 1494, la Cour est à Lyon. Anne retombe très vite enceinte et ne peut plus entreprendre de longs périples.

S’apprêtant à partir pour l’Italie, Charles VIII organise de Grenoble la délégation de la gestion de son gouvernement : le duché de Bretagne est confié aux Rohan et Laval, le royaume au duc de Bourbon. Anne, exclue de tout pouvoir de décision, est sommée de séjourner à Moulins.

Pendant toute la campagne d’Italie (septembre 1494-novembre 1495), Anne de Bretagne connaît de nombreux déboires : son fils Charles-Orland, resté à Amboise, tombe souvent malade et sa mère ne peut lui rendre visite. Elle accouche aussi d’une fille mort-née et on la tient peu au courant des opérations militaires.

Le 6 juillet 1495, les français sont vainqueurs à Fornoue. Le roi est de retour le 7 novembre mais le départ pour Amboise tarde. Charles VIII ne veut pas s’éloigner de l’Italie, les garnisons françaises à Naples ayant du mal à faire face aux assauts des troupes ennemies. Cette situation se révèle douloureuse pour Anne, d’autant plus que le petit Charles-Orland succombe à sa maladie le 16 décembre 1495.

La jeune reine tombe encore enceinte au printemps 1496. Elle accouche à Amboise le 8 septembre d’un petit Charles, qui meurt le 2 octobre. Cela n’empêche pas Charles VIII de repartir une nouvelle fois pour l’Italie, et Anne de retourner à Moulins.

Le 17 mars 1498, Anne accouche une nouvelle fois d’une fille, qui meurt aussitôt. Le 7 avril, c’est au tour de Charles VIII de succomber. Alors qu’il se rend à la salle du jeu de paume d’Amboise, il heurte un linteau de pierre. Il n’a que vingt-sept ans. Anne, qui en a vingt-et-un, se retrouve veuve. Selon les clauses du mariage, elle peut reprendre son statut de duchesse et le pouvoir qui lui est inhérent, mais ne peut qu’épouser le nouveau roi de France si elle désire se remarier. Que va-t-elle décider ?

 

Anne de Bretagne, reine de France forcée ?

 Le nouveau souverain n’est évidemment pas le fils de Charles VIII, mort sans avoir eu d’héritier. Il s’agit de son cousin Louis d’Orléans, désormais Louis XII. Tout comme son prédécesseur, il ne veut pas prendre le risque que la Bretagne passe sous la coupe d’une puissance étrangère car, sait-on jamais, la duchesse pourrait très bien trouver de nouveaux appuis et violer ainsi l’obligation de s’unir avec le nouveau roi de France.

De son côté, Anne récupère tout son pouvoir sur son duché. Dès le 9 avril 1498, soit à peine deux jours après la mort de Charles VIII, elle rétablit la Chancellerie de Bretagne, supprimée par son époux en 1493, et restitue le titre de chancelier à Philippe de Montauban. Elle reprend aussi les rênes des finances.

 Cependant, contrairement à ce que l’on pourrait croire, la duchesse de Bretagne n’est pas opposée au fait de redevenir reine de France, statut auquel elle trouve de nombreux avantages. Elle impose néanmoins certaines conditions. Elle veut assurer les droits, les privilèges et les institutions de son duché. Elle négocie donc son mariage avec Louis XII, sous réserve, entre autres, que celui-ci ne demande pas d’impôts sans l’accord des Etats de Bretagne (composé du clergé, de la noblesse et les représentants des villes) et le retrait des garnisons françaises des places fortes bretonnes. Par ailleurs, afin que la Bretagne garde son autonomie et s’émancipe du giron royal, il est décidé que le duché reviendra non pas à l’aîné mâle du nouveau couple, mais au second fils ou à une éventuelle fille ou encore, à défaut, au second petit-enfant ou à une éventuelle petite-fille. Voici la clause : « Si icelle dame alloit de vie à trespas avant le roy Très Chrestien sans enfans d’eux ou que la lignée d’eux procréée … défaudroit, en ce cas ledit roy Très Chrestien jouira desdits duché de Bretaigne & autres pays & seigneuries que ladite dame tient à présen. ; & apprès le déceds du roy Très Chrestien, les prochains vrais héritiers de ladite dame succéderont auxdits duché & seigneuries, sans que les autres roys et successeurs en puissent quereller ». Une autre clause prévoit : « A ce que le nom de la principauté de Bretaigne ne soit & demeure aboli pour le temps avenir … & que le peuple d’icelui pays soit secouru & soulagé de leurs nécessitez & affaires, a esté accordé que le second enfant masle, ou fille au déffaut de masle, venant de leurdit mariage … seront & demeurreront princes dudit pays … & s’il advenoit que deux … n’yssit … qu’un seul enfant masle, et que dicelui masle cy après yssissent … deux ou plusieurs enfansts masles, ou filles ils succéderont pareillement audit duché, comme dit est »

 Louis XII se soumet à ses volontés.

Le mariage a lieu le 8 janvier 1499, après que Louis ait fait annuler son union avec Jeanne de France, soi-disant non-consommé. Le couple s’installe à Blois.

 

anne et louisAnne de Bretagne et Louis XII


On dit souvent que le fait qu’Anne s’entoure presque exclusivement de Bretons à la Cour sous-entend une certaine nostalgie de sa région. Ce mariage aurait fait d’elle une « prisonnière », tout comme lors de son union avec Charles VIII. Or, ce n’est pas le cas. Il faut rappeler qu’elle n’était pas forcée de se remarier. Elle aurait très bien pu rentrer en Bretagne et gérer les affaires de son duché, sans se soucier d’une nouvelle union, avec qui que ce soit. Par ailleurs, elle aurait aussi pu envisager de trouver un nouvel époux à l’étranger et s’opposer au nouveau roi de France. Mais à la position de reine, Anne est loin de n’y trouver que des inconvénients, déjà par le titre et le statut. Même si elle ne détient aucun pouvoir politique sur les affaires du royaume, seulement sur la Bretagne, elle mène une vie confortable, possède un hôtel particulier ; elle a à cœur son rôle de mécène et, semble t-il, elle s’entend bien avec Louis XII…

En 1499, elle donne naissance à Claude, une fille. En tant que telle, celle-ci ne peut devenir reine de France puisque la loi salique l’interdit, mais rien n’empêche qu’elle ne devienne duchesse de Bretagne selon la clause déjà citée : son mariage va donc devenir un enjeu considérable. Louis XII pense alors à l’unir à François d’Angoulême, héritier direct de la couronne si jamais il ne donne vie à un fils. Ainsi, cela permettrait au duché de rester attaché à la couronne. En 1505, les fiançailles sont organisées.

La même année, Anne entreprend un tour de Bretagne. Elle passe notamment par Folgoët prier pour le rétablissement de Louis XII, alors mal en point. Elle souhaite aussi réaffirmer sa position de duchesse et contrôler ses appuis politiques sur place. Se montrer ainsi à la population et ses barons est en effet stratégiquement important : cela permet de renforcer son statut et de ne pas se faire oublier. Il s’agit d’un voyage calculé, le dernier, et non pas d’une soudaine envie de retrouver une « patrie » de laquelle elle a été trop longtemps éloignée.

En 1510, Anne met au monde une autre fille, Renée. Deux ans plus tard, elle se retrouve à nouveau enceinte. Ce sera un fils qui mourra aussitôt après sa naissance.

Le 9 janvier 1514, Anne de Bretagne meurt, épuisée par les maternités. Ses funérailles durent deux mois, dans un grand faste. C’est la première fois qu’une telle organisation a lieu pour la mort d’une reine de France. On peut expliquer cette longévité des obsèques et ce déploiement impressionnant par l’affection que Louis XII lui portait fort probablement, ainsi que par son statut de duchesse. Selon ses volontés, son cœur est envoyé à Nantes, pour être enterré près de ses parents.

La mort d’Anne de Bretagne marque la fin de l’autonomie du duché breton. En effet, le 15 septembre 1532, alors que Claude de France est duchesse de plein droit, celle-ci le cède sans conditions à son époux François d’Angoulême, roi de France sous le nom de François Ier depuis 1515.


Si Anne de Bretagne a lutté toute sa vie pour garder l’indépendance de son duché, ce n’est pas par patriotisme ou par amour pour son « peuple ». Faire de la duchesse une régionaliste patriote serait totalement anachronique et surtout insensé étant donné le contexte politique de la fin du 15è siècle. Si elle s’est efforcée de maintenir les privilèges de ses terres, c’est d’abord parce que cela lui rapportait une manne financière non négligeable mais aussi certainement parce que ce fut un moyen pour elle, en tant que femme, d’exercer le pouvoir dans une société où gouverner est trop souvent une affaire masculine. Elle a également été propulsée dans un contexte mouvementé : celui de la féodalité tentant, à perte, de résister à la centralisation et l’augmentation du pouvoir royal qui mènera, un peu plus d’un siècle plus tard, à l’absolutisme.

 

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DENIS 25/03/2012 11:36

très bel article riche pour un personnage qui a marqué son temps

Anis 24/03/2012 10:55

Bravo pour ce magnifique article et bon retour sur la toile.

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